Affaires à suivre

De beaucoup prennent le prétexte de la corruption pour refuser à un Etat son intégration dans l’Union européenne. La corruption fait partie de l’ADN du communisme. Il serait utopique de demander à un pays de l’ancien bloc soviétique de s’en débarrasser complètement afin de faire partie du club européen… et fort hypocrite par ailleurs, car les États membres, anciens et nouveaux, sont loin d’être blancs comme neige. Sans compter les bénéfices économiques que cette intégration peut générer dans un contexte de crise.

Dans les pays de l’ex empire soviétique, la corruption est culturelle, institutionnalisée. Elle a précédé l’éclatement du bloc de l’Est mais n’est pas morte en même temps que lui. Son héritage est lourd au sein des gouvernements et se décline à toutes les échelles politique et économique sous la forme de financements illicites, de l’élimination de l’opposition ou de groupes de pression influents. C’est une réalité durable qui mettra du temps à disparaître, ou du moins à s’atténuer.

Les scandales continuent de salir certains gouvernements des États orientaux. Le Premier ministre tchèque et le Premier ministre slovène ne peuvent pas le démentir. Idem pour la Croatie, qui va entrer dans l’Union européenne le 1er juillet 2013, mais dont l’ancien Premier ministre risque dix ans de prison, ou encore pour la Roumanie et la Bulgarie, déjà intégrées, qui sont toujours touchées par une corruption généralisée. Mais depuis leur intégration, il est indéniable que ces pays ont pris des mesures qui n’auraient pas été envisageables quelque temps auparavant.

Il n’y a même pas besoin d’aller aussi loin à l’Est ni aussi haut dans la fonction publique, pour tomber sur un os. Balayons à notre porte et nous verrons que l’ancienneté n’est pas gage de vertu. La France est le pays des droits de l’Homme dit-on. Cette périphrase pompeuse ne l’empêche pas de connaître son lot d’affaires troubles, de Jérôme Cahuzac à l’affaire Tapie. Transparency International lui associe d’ailleurs un gradient de corruption améliorable, comme l’Italie et le Royaume-Uni.

Prendre le prétexte de la corruption pour refuser à un Etat son droit d’entrée n’est pas sérieux. D’autant que beaucoup parmi les candidats, certains ont déjà engagé des efforts pour réformer leur système de justice et coller davantage aux exigences européennes. A ce titre, ils devraient bénéficier d’un soutien plus appuyé de la part de la vieille Europe.

C’est le cas de l’Ukraine qui ne cachent pas son désir d’entrer dans le club européen. Le pays abrite il est vrai des fonctionnaires corrompus et une justice partiale, mais a déjà commencé à appliquer sa réforme judiciaire, particulièrement motivée par la perspective de la conclusion de l’Accord de l’Association cet automne. Cet accord appelle à une harmonisation de certaines normes juridiques sur le modèle de la législation européenne.

Par ailleurs, le pays se distingue nettement de son voisin russe en respectant la liberté d’expression. L’opposition, loin d’être bâillonnée, continue d’investir plusieurs chaînes de télévision ainsi qu’Internet. L’Etat ukrainien, par la voix volontaire de son président Viktor Ianoukovitch, a également lancé des signaux diplomatiques forts en refusant de signer l’Union douanière avec la Russie. Cet engagement l’aurait condamné à là dépendance économique et lui aurait définitivement fermé les portes de l’Union européenne.

Les Occidentaux ne devraient pas faire la fine bouche devant de telles manifestations d’intérêts pour une intégration dans l’Union européenne. Cela permettrait d’abord d’accélérer le mouvement de démocratisation de pays qui ont besoin d’un coup de pouce pour se débarrasser des oripeaux du totalitarisme. Mais il y aussi de sérieux enjeux économiques à la clé. Dans un contexte de crise, le potentiel industriel de l’Ukraine et ses ressources agricoles ne manquent pas d’éveiller l’intérêt.

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